Assertivité : s'affirmer sans agresser
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Passer le testDire non à une demande déraisonnable. Exprimer un désaccord sans hausser le ton. Demander une augmentation sans s'excuser d'exister. Pour beaucoup de gens, ces situations provoquent un malaise immédiat. Non pas parce qu'elles sont objectivement difficiles, mais parce que personne ne leur a appris à s'affirmer sans agresser. L'assertivité est précisément cette compétence : défendre ses droits et exprimer ses besoins tout en respectant ceux des autres. Ce n'est ni de la soumission ni de l'agression, mais un troisième chemin que la recherche en psychologie étudie et enseigne depuis plus de cinquante ans.
Qu'est-ce que l'assertivité ?
Le concept d'assertivité naît dans les années 1950 avec les travaux du psychiatre sud-africain Joseph Wolpe, qui développe l'entraînement assertif comme méthode thérapeutique pour les patients souffrant d'anxiété sociale. L'idée est simple mais puissante : l'anxiété et l'affirmation de soi sont incompatibles. En apprenant à s'exprimer directement, le patient réduit mécaniquement son anxiété.
Le concept prend véritablement son essor en 1970 avec la publication de Your Perfect Right par Robert Alberti et Michael Emmons, un ouvrage qui pose les bases théoriques et pratiques de l'assertivité telle qu'on la comprend aujourd'hui. Leur définition reste la référence : l'assertivité est un comportement qui permet à une personne d'agir dans son meilleur intérêt, de défendre son point de vue sans anxiété excessive, d'exprimer ses sentiments honnêtement et d'exercer ses droits personnels sans nier ceux des autres.
Cette définition contient deux éléments essentiels. Le premier est l'expression de soi : dire ce que l'on pense, ce que l'on ressent, ce que l'on veut. Le second est le respect de l'autre : cette expression ne se fait pas au détriment d'autrui. C'est précisément ce double mouvement qui distingue l'assertivité de l'agressivité. La personne agressive défend ses droits en piétinant ceux des autres. La personne assertive défend ses droits en reconnaissant ceux des autres.
Les 4 styles de communication
La recherche en psychologie sociale distingue quatre grands styles de communication qui se définissent par la manière dont une personne gère l'équilibre entre ses propres besoins et ceux de son interlocuteur.
Le style passif
La personne passive évite d'exprimer ses opinions, ses besoins ou ses sentiments. Elle cède systématiquement, accepte des situations qui ne lui conviennent pas, et espère que les autres devineront ce qu'elle veut. En réunion, elle pense « cette idée ne marchera jamais » mais ne dit rien. Au restaurant, elle mange un plat qui ne correspond pas à sa commande plutôt que de le signaler. À long terme, la passivité chronique génère frustration, ressentiment et perte d'estime de soi.
Le style agressif
La personne agressive exprime ses besoins, mais aux dépens des autres. Elle interrompt, critique, menace, humilie ou impose. Son message implicite est : « mes besoins comptent, les tiens non ». Elle obtient souvent ce qu'elle veut à court terme, mais détruit la confiance et la relation. En réunion, elle coupe la parole et rejette les idées des autres avec mépris. Au restaurant, elle apostrophe le serveur bruyamment.
Le style passif-agressif
Ce style combine l'apparence de la soumission avec une hostilité souterraine. La personne dit oui mais sabote par l'inaction, le sarcasme ou la procrastination délibérée. Elle accepte une tâche en réunion puis ne la fait pas, ou la fait mal volontairement. Elle fait des remarques à double sens qui blessent tout en conservant une déniabilité. C'est le style le plus destructeur pour les relations, car il rend le conflit impossible à résoudre ouvertement.
Le style assertif
La personne assertive exprime clairement ce qu'elle pense, ressent et veut, tout en reconnaissant le droit de l'autre à faire de même. En réunion, elle dit : « je vois les choses différemment, voici pourquoi ». Au restaurant, elle signale calmement l'erreur : « excusez-moi, j'avais commandé le poisson, pas la viande ». L'assertivité n'est pas une question de personnalité mais de comportement. Ce qui signifie qu'elle s'apprend.
Pourquoi c'est si difficile de s'affirmer
Si l'assertivité est si bénéfique, pourquoi si peu de gens la pratiquent naturellement ? La réponse tient à plusieurs facteurs qui se renforcent mutuellement.
L'éducation joue un rôle majeur. Dans de nombreuses familles, l'enfant qui exprime un désaccord est qualifié d'insolent. On lui apprend à obéir, pas à négocier. Le message intériorisé est clair : exprimer ses besoins, c'est mal élevé. Albert Bandura, dans sa théorie de l'apprentissage social, a montré que les comportements sociaux s'acquièrent largement par observation et imitation. Un enfant qui voit ses parents éviter systématiquement les conflits apprend que le désaccord est dangereux.
La socialisation de genre ajoute une couche supplémentaire. Les femmes sont encore souvent éduquées à être conciliantes, à prendre soin des autres avant d'elles-mêmes. Quand elles s'affirment, elles sont perçues comme agressives là où un homme serait jugé déterminé. Ce double standard, documenté par la recherche, crée un coût social réel à l'assertivité féminine et décourage beaucoup de femmes de s'affirmer.
La peur du conflit constitue un autre frein puissant. Pour les personnes qui ont grandi dans des environnements où le conflit était synonyme de violence ou de rejet, l'idée même d'exprimer un désaccord déclenche une réponse de stress. La théorie de l'attachement apporte un éclairage complémentaire : les personnes ayant un attachement anxieux craignent que l'affirmation de soi ne provoque l'abandon. Elles préfèrent se taire plutôt que de risquer la relation.
Les techniques de communication assertive
L'assertivité n'est pas un trait de caractère mystérieux. C'est un ensemble de techniques précises, validées par la recherche et enseignables. Voici les principales.
Le message-je
Au lieu de dire « tu ne m'écoutes jamais » (accusation qui provoque la défensive), on dit « quand je te parle et que tu regardes ton téléphone, je me sens ignoré ». Le message-je décrit un comportement observable, l'émotion qu'il provoque et l'effet concret. Il déplace la conversation du reproche vers l'expression d'un besoin.
Le disque rayé
Cette technique consiste à répéter calmement sa position sans se laisser dévier par les arguments, les critiques ou les tentatives de culpabilisation. « Je comprends ton point de vue, mais je ne suis pas disponible ce week-end. » Répété trois fois avec calme, ce message finit par être entendu sans que la discussion ne dégénère.
Le brouillard
Face à une critique manipulatrice, le brouillard consiste à reconnaître partiellement le propos de l'autre sans céder sur le fond. « C'est possible que je sois parfois trop prudent, mais je maintiens ma décision. » Cette technique désamorce l'escalade en refusant d'entrer dans un combat d'arguments tout en conservant sa position.
La méthode DESC
Formalisée par Sharon et Gordon Bower, la méthode DESC structure une communication assertive en quatre temps. Décrire la situation objectivement. Exprimer ce que l'on ressent. Spécifier ce que l'on souhaite. Conclure en indiquant les conséquences positives. Par exemple : « Quand les réunions dépassent systématiquement l'heure prévue (D), je suis frustré parce que cela désorganise le reste de ma journée (E). Je propose qu'on fixe un minuteur et qu'on s'y tienne (S). Cela nous permettra à tous d'être plus efficaces (C). »
Dire non
La capacité à dire non est le marqueur le plus visible de l'assertivité. Un non assertif est direct, bref et ne s'accompagne pas de justifications excessives. « Non, je ne peux pas prendre ce dossier supplémentaire cette semaine. » La personne assertive ne dit pas « non, désolé, c'est que j'ai déjà tellement de travail, tu comprends, et puis ma mère est malade et... ». Le surplus de justification trahit la culpabilité et affaiblit le message.
Assertivité et estime de soi
La relation entre assertivité et estime de soi est bidirectionnelle, et c'est ce qui la rend particulièrement intéressante. D'un côté, une bonne estime de soi facilite l'assertivité. Quand on se considère comme une personne de valeur dont les besoins sont légitimes, il est plus naturel de les exprimer. De l'autre, la pratique de l'assertivité renforce l'estime de soi. Chaque fois qu'une personne exprime un besoin et que le monde ne s'effondre pas, elle accumule la preuve que ses besoins méritent d'être entendus.
Cette boucle vertueuse est au cœur de l'entraînement assertif développé par Wolpe puis systématisé par les thérapies comportementales. On commence par des situations à faible enjeu, comme renvoyer un plat au restaurant, pour progresser vers des situations plus exigeantes, comme négocier une augmentation ou poser des limites à un proche envahissant. Chaque réussite consolide la confiance en sa capacité à s'affirmer.
À l'inverse, la passivité chronique entretient un cercle vicieux. La personne n'exprime pas ses besoins, se sent invisible et dévalorisée, ce qui renforce la croyance que ses besoins ne méritent pas d'être exprimés, ce qui perpétue la passivité. La recherche montre que briser ce cercle par la pratique délibérée de l'assertivité, même modeste au départ, est l'un des leviers les plus efficaces pour améliorer l'estime de soi.
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Passer le test de gestion des conflitsQuestions fréquentes sur l'assertivité
L'assertivité fonctionne-t-elle dans toutes les cultures ?
Les normes d'assertivité varient considérablement selon les cultures. Dans les sociétés collectivistes (Japon, Corée, Chine), une expression directe des besoins peut être perçue comme irrespectueuse. La recherche interculturelle suggère d'adapter la forme, pas le fond : l'affirmation de soi reste bénéfique partout, mais sa manière d'expression doit tenir compte du contexte culturel et hiérarchique.
L'assertivité est-elle une compétence innée ou acquise ?
L'assertivité est essentiellement une compétence acquise. Certains tempéraments facilitent son développement, mais elle s'apprend et se renforce par la pratique. Les travaux de Wolpe et de Bandura ont montré que l'entraînement assertif produit des résultats mesurables, y compris chez des personnes initialement très passives.
Comment devenir plus assertif quand on est timide ?
La timidité n'empêche pas l'assertivité. Les recherches sur l'entraînement assertif montrent qu'il est plus efficace de commencer par des situations à faible enjeu (demander des informations, exprimer une préférence au restaurant) avant de progresser vers des situations plus chargées émotionnellement. L'exposition progressive renforce le sentiment d'efficacité personnelle et réduit l'anxiété associée à l'affirmation de soi.
Peut-on être trop assertif ?
Par définition, non. L'assertivité inclut le respect de l'autre. Si l'affirmation de soi se fait au détriment d'autrui, on bascule dans l'agressivité. En revanche, on peut être assertif de manière maladroite, par exemple en choisissant mal le moment ou le contexte. La compétence assertive inclut aussi le sens du timing.
Sources
Alberti, R. E. & Emmons, M. L. (1970). Your Perfect Right: A Guide to Assertive Behavior. Impact Publishers.
Wolpe, J. (1958). Psychotherapy by Reciprocal Inhibition. Stanford University Press.
Bandura, A. (1977). Social Learning Theory. Prentice-Hall.
Bower, S. A. & Bower, G. H. (1976). Asserting Yourself: A Practical Guide for Positive Change. Addison-Wesley.
Thomas, K. W. & Kilmann, R. H. (1974). Thomas-Kilmann Conflict Mode Instrument. Xicom.
Speed, B. C., Goldstein, B. L. & Goldfried, M. R. (2018). Assertiveness training: A forgotten evidence-based treatment. Clinical Psychology: Science and Practice, 25(1), e12216.